Sofia Cacciapaglia - MABE Gallery

Mabe Gallery – Viva le printemps !

Cerise Dumont
2 avril 2025

MABE Gallery célèbre l’arrivée des beaux jours avec l’exposition collective Viva le printemps !, qui réunit une vingtaine d’artistes émergents. Œuvres sur papier, photographies et sculptures sont particulièrement mises à l’honneur par Marine de Rougé.

Il flotte comme un air de printemps dans la vieille-ville de Genève. Depuis quelques jours, les passants de la Grand Rue ont vu une arcade de la galerie MABE se couvrir de fleurs délicates et colorées, qui sont venues envahir tous les espaces muraux disponibles. Il s’agit du projet Off-Frame, qui entend faire sortir l’art de son cadre et l’amener directement à la rencontre de ses publics. Durant deux jours, les passants ont pu assister à la réalisation de cette œuvre en direct, observant les gestes de l’artiste milanaise Sofia Cacciapaglia (1983) et l’évolution progressive de la composition. Cette immersion dans le processus créatif est au cœur d’Off-Frame : elle invite à un rapport plus immédiat et instinctif à l’art, en abolissant la distance entre l’artiste, l’œuvre et le public.

Avec ce projet MABE ne se contente pas d’exposer l’art : elle le met en scène. La galerie devient un carrefour d’interactions, où la création devient spectacle et où l’artiste s’extrait de son cadre habituel pour dialoguer avec la ville. Cette initiative vise à rendre briser les barrières parfois intimidantes du monde de l’art contemporain. Ici, inutile de pousser la porte de la galerie pour découvrir l’art : chaque mois, un artiste est invité à investir la vitrine et à transformer cet espace en un atelier ouvert. Les promeneurs deviennent spectateurs d’une performance artistique en temps réel, observant la naissance d’une œuvre à même la rue.

Sofia Cacciapaglia, actuellement mise à l’honneur dans la vitrine, y présente ainsi son projet Renaissance. En ramassant et en réutilisant des cartons trouvés dans la rue, l’artiste milanaise interroge la notion de valeur et de transformation. Elle fait littéralement « fleurir » ces matériaux oubliés en y peignant des motifs végétaux, dans une démarche évoquant à la fois la fragilité de la nature et la résilience du vivant. Tout en inscrivant son travail dans une réflexion environnementale contemporaine, son travail résonne avec le reste de l’exposition actuellement présentée par MABE Gallery.

Plus qu’un simple espace d’exposition, la galerie se veut un lieu fluide et accessible, où l’esthétique prime sur les conventions, et où l’achat d’une œuvre est une expérience directe et immédiate. Son approche décloisonnée et fluide fait écho à la dynamique de l’exposition du moment, Viva le printemps !, qui célèbre le renouveau à travers une sélection d’œuvres vibrantes, colorées et sensibles. Peintures, sculptures, photographies et installations se mêlent dans un accrochage pensé comme un dialogue vivant entre les artistes.

ici, pas d’organisation rigide par artiste ou par médium. Les œuvres dialoguent entre elles selon des résonances visuelles, créant un ensemble harmonieux, pensé un peu à la manière d’un intérieur habité. Cette approche, inspirée de l’esprit du « mix and match », favorise une découverte plus instinctive, presque intime, de chaque pièce exposée. Le visiteur peut ainsi se laisser guider par son regard, sans contrainte ni hiérarchie. Autre choix audacieux de la part de la galerie : les œuvres sont immédiatement disponibles. Un collectionneur séduit peut repartir avec son acquisition, permettant un renouvellement constant des cimaises et une exposition dynamique, toujours en mouvement. 

Outre le projet Off-Frame, la galerie présente une sélection éclectique et exigeante,  d’une vingtaine d’artistes. Peinture, photographie, sculpture, techniques mixtes : chaque œuvre est choisie individuellement, affirmant l’engagement de la galerie à valoriser la diversité des pratiques et des regards. Agnès Bourély (1963) présente plusieurs œuvres sur papier. Son approche repose sur une chorégraphie minutieuse où chaque geste compte : elle superpose la gouache, les crayons de couleur et l’encre sur un papier très mouillé, ce qui donne à ses compositions une texture vibrante et une impression de mouvement constant. Dans l’une des œuvres présentées, quinze dessins colorés forment une mosaïque où les éléments graphiques se répètent et se prolongent d’un cadre à l’autre. La structure de son travail évoque une partition musicale où motifs et couleurs résonnent comme des notes, se répondant et se transformant au fil de la série. Son œuvre, oscillant entre abstraction et figuration, allie spontanéité et précision dans une danse harmonieuse entre forme et rythme.

 Agnès Bourély

L’écriture et la calligraphie s’invitent également dans le travail de Jean-Michel Comte (1975), artiste franco-suisse dont les toiles oscillent entre abstraction et langage crypté. Comte explore l’idée de l’illisible et de la trace, proposant des compositions où les mots s’effacent pour devenir formes. Certains de ses tableaux, plutôt figuratifs, dessinent les contours d’architectures urbaines tandis que d’autres vont davantage vers l’abstraction en jouant sur l’accumulation de signes géométriques. En brouillant les repères habituels du langage, Jean-Michel Comte interroge notre manière de lire et d’interpréter l’image, nous invitant à une expérience visuelle intuitive.

Jean-Michel Comte

Les deux membres du duo d’artistes Atelier Onoko explorent quant à eux la photographie sous un prisme poétique. Leurs images de levers et couchers de soleil, imprimées sur papier japonais, capturent les nuances du temps et transforment la lumière en abstraction colorée. Dans un registre plus sculptural, la Suédoise Sara Lundkvist (1982) joue avec les formes et les reflets. Ses œuvres, bulles pastelles aux accents chromés, évoquent autant des galets polis par le temps que des bonbons acidulés. Posées au sol ou accrochées au mur, elles perturbent notre perception et captent la lumière de manière hypnotique.

L’univers numérique est également présent avec le travail d’Olga Burkard (1964), ancienne graphiste qui explore désormais l’art digital sur iPad. Jouant sur les contrastes entre motifs géométriques rigoureux et formes plus organique, Burkard marie la précision du design graphique avec une sensibilité picturale. Une série de ses œuvres, présentée au sous-sol de la galerie, évoque l’eau sous toutes ses formes : reflets mouvants, ondulations et textures aquatiques se mêlent dans une palette subtile.

À découvrir également, l’univers libre et lumineux de Clara Cebrian (1991). Les œuvres de cette artiste espagnole s'inspirent de la vie quotidienne et reflètent sa sensibilité créative, marquée par l’enfance. Mêlant couleurs et éléments textuels, la toile Trust Trust Trust évoque ainsi une comptine autant qu’un slogan. Engagée et nomade, l’artiste espagnole refuse d’être représentée par une galerie unique, revendiquant un rapport affranchi à l’art et au marché.

Enfin, les tableaux élégants et poétiques de Cristina Alabau (1963) valent le détour. Reconnaissables d’une œuvre à l’autre, les formes abstraites qui naissent sous son pinceau définissent des univers intransmissibles. Les figures qui apparaissent sur ses grandes toiles, presque toujours carrées, sur des fonds épurés et limpides, obéissent à trois concepts qui se répètent avec une hypnotique récurrence : l’homme, la nature et le temps.

Cristina Alabau

Avec son accrochage en perpétuel mouvement, son approche décloisonnée et ses projets interactifs, MABE Gallery propose une vision résolument contemporaine de l’art. En s’affranchissant des codes conventionnels et en invitant le public à une expérience plus directe, elle redéfinit notre manière d’appréhender la création et nous rappelle que l’art n’est pas figé : il est vivant, vibrant et en perpétuelle transformation.

Artistes : Agnes Bourély, Atelier Onoko, Sofia Cacciapaglia, Banastudio, Cristina Alabau, Olga Burkard, Alex Baechler, Joséphine Vallé Franceschi, Irene Vanetsanou, Christine Demière, Jean-Michel Comte, Tilde Grynnerup, Blake Aaseby, Sara Lundkvist, Bibi Smith, Luca Coser, Clara  Cebrian, Maria Sanchez, Caroline Nystroem, Laetitia Masson. 

L’exposition est à voir jusqu’au 3 mai prochain.

https://www.artageneve.com/lieu/galeries/mabe-galllery