Burhan Doğançay en 1996 © Succession de Burhan Doğançay © Musée d'art et d'histoire de Genève, photo : C. Dosembet

Burhan Doğançay au MAH

Catherine Mongin
11 décembre 2023

Le Musée d’Art et d’Histoire de Genève présente pour la première fois en Suisse « Walls of Israel »  plus de cinquante œuvres sur papier datant de 1975, le premier séjour de Burhan Doğançay à Jérusalem. 

Burhan Doğançay est un artiste turc, né le 11 septembre 1929 à Constantinople et décédé à 83 ans dans la même ville.

Diplômé de la Faculté de droit de l'Université d'Ankara en 1950. Il décide de se consacrer uniquement à son art dès 1964.

Surnommé le peintre des « murs du monde » il a parcouru 114 pays et interprété les façades des villes. Burhan Doğançay capture près de 40'000 photographies au cours de ses voyages. C’est à partir de ses souvenirs mais aussi de ses clichés qu’il va rebâtir et créer ses propres murs au moyen de collage, gouache, pastels, dessin, spray.

« Le choix de mes photographies n’a d’autre but que de montrer l’aspect esthétique et documentaire des murs ; il ne véhicule aucun message idéologique ou politique. » 

Billet de Catherine Mongin :

Jerusalem et Tel Aviv, après cette guerre dite de Yom Kippour ou du Ramadan, après les accords de Camps David, en artiste voyageur Buran Dogançay exerce son œil affuté, photographie les murs, portes et panneaux, grapille les matériaux. Aventure constitutive de son grand œuvre Walls of the world (114 pays), il crée Walls of Israel.

Love-Smiling Star, 1975 Gouache, acrylique, spray, craie et crayon sur papier (2 feuilles raboutées) Don de Angela Doğançay, 2018 Inv. D 2018-92 © Succession de Burhan Doğançay © Musée d'art et d'histoire de Genève

 

Sketch Book J : Walls of Israel, 1975 Crayon de graphite et crayon de couleurs sur papier Don de Angela Doğançay, 2018 Inv. D 2018-117-14 © Succession de Burhan Doğançay © Musée d'art et d'histoire de Genève, photo : A. Longchamp

Les surfaces, support d’émotions, de l’art pariétal à Engageons les Murs, tendent vers nous en partage, avec simplicité, des élans minuscules et somptueux. Pour mieux être au monde, observer l’infime, écouter le murmure d’un petit dessin de fleur.

L’on peut cheminer dans l’accrochage comme en une ville. Apprécier la pensée instruite et attentive qui questionne et creuse son sujet et le matérialise sans comparaison malgré les références à Rotella ou Rauschenberg.

Great Lady, 1975 Collage, gouache, acrylique et crayon sur papier Don de Angela Doğançay, 2018 Inv. D 2018-83 © Succession de Burhan Doğançay © Musée d'art et d'histoire de Genève

Si l’ensemble semble un patchwork au champ chromatique en mouvement, la retranscription des témoignages d’une utopie m’empoignent. Nous sommes quelques semaines après le 7 octobre 2023. Alors des 55 tableaux de cette exposition, je choisis ce qui est désormais douloureux.  

Red Hand, 1975 Collage, gouache, acrylique, spray et pastel gras sur papier Don de Angela Doğançay, 2018 Inv. D 2018-101 © Succession de Burhan Doğançay © Musée d'art et d'histoire de Genève

​En ces instants, je refuse de me détourner. Je me plante là, sur ce trottoir, devant ce mur ou les cœurs mafflus jouent en multicolore. Dans cette mémoire que l’artiste offre, se serre le cœur.

Make Love, Not War, 1975 Collage, gouache, acrylique, feuille d’aluminium et fumage sur papier collé sur carton Don de Angela Doğançay, 2018 Inv. D 2018-93 © Succession de Burhan Doğançay © Musée d'art et d'histoire de Genève, photo : F. Bevilacqua

Ici point d’artifice, de perfectionnisme, pas plus que d’anecdotique. Des traces en répond à la joie, point de silence, des enfants l’écho du rire enchantent.

Et vrille mon âme les mots Amour, Paix…en arabe, en hébreux, en anglais. Et ces mains, côte à côte, vraiment, plongé tour à tour dans les pots de peinture, élan vital d’un désir fou de vivre ensemble ?

La transcription même de cet élan vital par fragments divers donnent chair à l’utopie, qui s’écoule et disparaît comme sable.

Les dessins Peace and Love sur ces murs, quels affronts les enfoncent désormais sous les gravas ? Sous quelle pourriture de manipulation les murs désormais se dressent et divisent? 

Langage universel que le désir de vivre ensemble des enfants, somptueuse modestie de petits cœurs emplis de fleurettes multicolores. L’exubérance de ces désirs infimes et grandioses, la sensualité de deux mains de couleurs différentes, le chant de graffs d’idiomes dissemblables, si proches, je le veux encore, je ne me résignerai pas.

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https://www.artageneve.com/lieu/musees-fondations/mah-musee-dart-et-dhis...

40 000 photographies sont conservées au Weisman Art Museum à Minneapolis. 

Commissariat : Bénédicte De Donker, conservatrice, domaine Arts graphiques.

Scénographie : Edwige Chabloz, architecte d'intérieur, scénographe au secteur Expositions (MAH).

Cette exposition fait l'objet d'un catalogue en collaboration avec le Kunst Museum de Winterthur, qui accueillera une seconde étape de la présentation en 2024. À paraître
en septembre 2023. 

L’exposition est organisée par le Musée d’art et d’histoire de Genève, avec la collaboration du Kunst Museum Winterthur.  A voir jusqu’au 11 février 2024.